Interviews Rappeurs

A Vos Départements (59) – Pockman.

C »est de Lille que vient Pockman, un rappeur aux multiples facettes. Combinant sa vie d »étudiant, son rôle de président au sein de sa boîte d’événementiel et sa vie de rappeur, il est présent sur tous les fronts. Motivé, ambitieux et talentueux, il nous démontre qu »à Lille, malgré la météo, les artistes sont bouillants. Rencontre.

Bonjour Pockman. Tout d »abord, une petite présentation est nécessaire pour nos lecteurs.
Je m »appelle Pockman, je vais sur mes 27 ans et je suis de Lille, de Villeneuve d »Ascq pour être exact. Je suis d »origine congolaise de par mon père et c »est vrai que mes racines sont importantes pour moi ainsi que pour les personnes qui suivent mon travail artistique car elles influencent beaucoup mes textes et ma musicalité. Que dire d »autre? J »ai eu une enfance heureuse, de bonnes valeurs familiales et une vie de quartier qui m »a dirigée vers le rap pour m »exprimer, comme de nombreux artistes.

Pour t »exprimer, c’est le rap qui t’es venu naturellement ?
Oui, complètement. Depuis tout petit, j »écoute cette musique en passant par le Wu Tang Clan, Nas et puis du rap français comme IAM ou Disiz. Elle m »a toujours parlée. Et puis, le fait d »avoir des valeurs et une vie propices à l »éthique et aux principes de cette musique font que j »étais obligé de passer par là: c »était évident sans que je puisse réellement l »expliquer. Donc j »ai commencé à écrire mes premiers textes au collège avec mes potes d »enfance. On a continué en rentrant au lycée donc toute ma jeunesse a été forgée sur cet art. On commençait à vraiment aimé ce qu »on faisait donc on a créé un groupe Ikonoclast intégré à un collectif, le Racine Crew, clin d’œil justement à nos influences, à nos origines respectives. Clin d’œil aussi au fait que le collectif ne comportait pas seulement des rappeurs mais des artistes de tous horizons: il y avait des graffeurs, des danseurs, des beatboxeurs… On était une bonne quinzaine donc il y avait une vraie dynamique de groupe. Et puis au fur et à mesure, le collectif a explosé à cause des projets de chacun: on était jeunes à l »époque et c »est vrai que la vie a pris le dessus. Tout le monde avait son travail, sa vie à gérer donc ça devenait de plus en plus compliqué pour se voir et avancer ensemble.

Mais toi, tu es toujours là. Peux-tu nous parler de Pockman artistiquement?
Comme je l »ai dit, je suis attachée à mes racines. Conscient d »être français, j »amène dans mes écrits mes deux pays. Je revendique et je suis fier de ma couleur, c »est pour ça que mon son est en adéquation totale avec mes deux facettes. J »ai l »impression que dans la tête des gens, soit tout est noir, soit tout est blanc. J »essaye de leur monter que non, le monde est gris: il y a du bon, du mauvais, du gentil, du méchant… Mon écriture et ma musique sont cosmopolites: je ne veux pas m »enfermer et/ou me laisser enfermer dans des cases. Je sais que je fais partie d »une communauté mais parfois, aller voir celle de l »autre est enrichissante et donc, fait avancer. Ma musique, c »est comme ça que je la vois. J »essaye de prendre toutes les opportunités qui s »offrent à moi, tout en restant fidèle à ce que je suis.

Quelles ont été les opportunités que tu as saisies justement?
Un de mes amis m »a proposé de reprendre la tête d »une boîte d’événementiel qui s »appelle Melting Box. J »ai toujours été attiré par ce côté programmations musicales et puis, ça m »ouvre à toutes sortes de sons car Melting Box, malgré le fait que le hip hop soit vraiment présent sur nos scènes, invite et fait en sorte que toutes les musiques soient représentées comme le reggae ou la soul. Personnellement et artistiquement, ça m »enrichit beaucoup. De plus, tous les étés, nous programmons un festival, le Summer Time Sessions pour que les nordistes qui ne quittent pas la ville pour les vacances aient quand même quelque chose à faire: durant ce festival, qui dure les deux mois, des artistes de Lille et sa région se produisent mais la directive est principalement musicale. Les lieux où nous nous produisons sont aussi très importants pour nous et pour nos spectacles. On mise sur une ambiance chaleureuse, où le spectateur se sent comme chez lui: par exemple le Spotlight de Lille est vraiment magique pour ces facteurs. Un espace de découverte et de détente. Le concept est d »intégrer le public au spectacle, comme les shows de stand-up aux États-Unis, qu »il y ait une certaine proximité avec lui. On essaye aussi d »amener un thème précis à chaque soirée et faire des liens artistiques avec.

Au fil de tes textes, on se rend compte qu »un artiste t »inspire tout particulièrement. Tu peux nous en parler?
Oui, c »est vrai que Youssoupha est une réelle inspiration pour moi mais je ne veux en aucun cas le copier car le rap, ce n »est pas ça. Il a son histoire, son flow, son délire propre à lui-même et je veux que ma musique me ressemble à 100%. Mais comme nombre d »entre nous, on a forcément un ou plusieurs artistes qui nous a influencé. J »aime beaucoup le travail de Youssoupha, il est très fort au niveau de ses textes. J »aime aussi la mentalité d »Oxmo Puccino et l »énergie de Disiz: pour moi, le mélange des trois serait parfait. J »essaye de prendre leurs trois côtés dans ma musique en la retranscrivant à ma manière, tout en gardant mon authenticité.

Le rap de Pockman, quel est-il alors?
Une énergie positive tout d »abord, et revendicatrice de la société dans laquelle nous sommes, ensuite. Quand j »écoutais du rap, c »était pour des messages qui m »ont forgé. Donc, je fais de même pour ceux qui m »écoutent. Si je peux faire passer un message positif et revendicateur, j »ai tout gagné.  Mes textes revendiquent pas mal de choses comme l »adversité, l »injustice, des sujets que nombre de rappeurs traitent mais pour ma part, j »en parle sans aucune barrière sociale: mes textes, ce que je relate dedans peuvent toucher et touchent tout le monde car je suis moi-même ancré dans aucune case. Les gens se reconnaissent dans mes lignes non pas parce qu »ils sont Noirs, Arabes, banlieusards, mordus de rap ou autres… Non, ils s »y reconnaissent car je suis humain avant tout, humain avant d »être amateur de rap, humain avant d »écrire. Quand, à la fin d »une scène, des personnes viennent me voir en me disant: J »aime pas le rap normalement mais toi, c »était bien » et bien, on ne peut pas me faire meilleur compliment car ils ont senti cette normalité dans mes lignes. Il n »y a pas de non-dit dans mes textes mais la façon dont je les porte fait passer plus facilement mon message. C »est ça qui est magique.

Tes prochains projets, quels sont-ils?
Malgré mon emploi du temps plus que chargé, entre mes cours et Melting Box, un projet me tient à cœur. Mon projet personnel qui s »appellera Étoile Noire. Pourquoi ce nom? L »étoile noire est le symbole de l »unité et du rassemblement pour aller dans la bonne direction. Et puis, c »est aussi un clin d’œil à l »étoile noire de Star Wars car je suis un fan de ce film depuis tout petit. J »ai vraiment l »impression que tout nous divise depuis quelques années, les politiques ont passé cinq années à le faire et nous allons dans un monde de plus en plus individualiste, personne ne peut dire le contraire. Je pense que tout le monde a besoin d »un retour aux vraies valeurs car nous allons tous droit dans le mur. Sur Étoile Noire, il y aura donc une multitude de couleurs musicales, beaucoup de choses qui vont étonner, surprendre car j »ai envie d »autres choses au niveau musicalité, j »ai envie de me sentir libre. Je veux amener mon public dans mon univers, qu »il n »y ait pas de frontières musicales: on pourra retrouver des ambiances africaines comme un peu plus hip hop… Ce sera un album cosmopolite tout en restant rap, mon art de prédilection. Autrement, faisant partie d »un nouveau collectif So Street (association mettant en valeur le hip hop sous toutes ses formes), je vais travailler sur une mixtape avec eux. Nous avions déjà posé ensemble la chanson Lille Boss, avec, comme le titre l »indique, de nombreux artistes de la scène lilloise comme Sanai, Nowon, Rapas ou encore Slimane. Le concept sera de faire un one shot: choisir une instrumentale, écrire le texte et enregistrer, le tout dans la même journée. Une bonne dynamique de groupe qui va être payante, je pense.

En attendant de retrouver Pockman et son Étoile Noire, vous pouvez aller consulter son actu et ses vidéos sur sa page officielle Pockman . Rendez-vous très prochainement et restez à l’écoute!

Paoline Roy Delaunay

Si vous avez aimé cet entretien, n’hésitez pas à le partager avec les petites icônes ci-dessous, et à rejoindre la page facebook ou le compte twitter pour suivre les actualités que Le Rap en France vous propose.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.